Entretien avec un syndicaliste

Publié le par Mouvement Zeitgeist Fr


Entretien avec un syndicaliste par Nicolas, coordinateur Auvergne du Mouvement Zeitgeist.

Profil du syndicaliste : Membre actif de la CGT. Travailleur depuis 1972, principalement en usine.



Questions / Réponses

  • Quel est le rôle du "travail" aujourd'hui ?
Le travail dans la société est aujourd'hui négativé. Les travailleurs souffrent et il est anormal que les gens soient encore "cassés" alors que les travaux pénibles tendent à disparaitre : accroissement des souffrances mentales. Le sentiment de travailler dans un collectif et pour un collectif a disparu avec le développement des
"injonctions paradoxales" qui est en fait la pression créée par la transmission d'objectifs à travers les échelons hiérarchiques, mais qui sont souvent impossibles à réaliser par la limitation des moyens. Le travail devrait plutôt être un acte de socialisation, dans le but de faire progresser la société et répondre à ses besoins.

 

  • Quel est le rôle d'un syndicat ?
Un syndicat est une association de gens qui cherchent à défendre des intérêts communs. Dans le cas des syndicats de salariés, il s'agit de défendre les intérêts des salariés, des conditions "basiques" qui touchent directement les gens (baisse de salaire, licenciement, modifications diverses...), sans se refuser à réfléchir en plus à changer le système et la société.

Dans le cas de la CGT, un des principes encore présent dans les statuts depuis la création en 1895, on peut trouver "supprimer l'exploitation de l'Homme par l'Homme". La position actuelle est plutôt proche de la défense des intérêts immédiats des employés en "laissant l'espoir de changer la société par la politique".

 

  • Comment fonctionne un syndicat ?
Pour être syndiqué il faut avoir comme principale source de revenu sa force de travail, mise au service d'un employeur. Dans les autres cas, il existe des syndicats spécifiques : syndicat patronal, agriculteurs, médecins libéraux...En effet, dans ces cas, les employés n'ont pas d'autres employeurs qu'eux même. La place des chômeurs dans les syndicats est logique lorsqu'on considère le chômage comme un état passager
entre 2 emplois.

 

  • Un syndicat peut-il fonctionner sans syndiqués ?
Les syndicats étant des associations, elles dépendent de leurs membres qui versent une cotisation (CGT = 1% du salaire). Les syndiqués peuvent être considérés comme acteurs/décideurs (démocratie) mais peuvent parfois n'endosser que le rôle de sympathisants, ou de "muscle d'action". Les membres restent la force d'action quoi qu'il en soit.

 

  • Quel est votre avis sur l'obligation, dans certains pays, de se syndiquer pour ouvrir les droits au chômage ?
La culture française prône plutôt une démarche individuelle où le futur membre le devient en ayant compris pourquoi il le fait. En Suède*, il y a beaucoup de syndiqués, mais peu d'action au final...

 

  • Quelles sont les perspectives syndicales, dans 10 ans par exemple ?
10 ans c'est demain ! Il y a 30 ans, les industries étaient de grosses entités : des bastions syndicaux. Il était cependant plus facile à l'époque d'amener du monde à la grève "en montant sur un tonneau" car l'impact était direct, et sur de nombreuses personnes travaillant pour la production.

La volonté de spécifications des entreprises à leur "cœur de métier" les a fait exploser et les emplois se sont déplacés, regroupés en petits nombres. On tend en plus à une évolution vers le développement de métier qui deviennent des services ce qui crée une perte de la notion de classe. Les syndicats travaillent maintenant à se re-déployer et à s'adapter au nouveau "travail" et au nouvel environnement de celui-ci.

 

  • A l'heure de la mondialisation et de la délocalisation, quel poids représentent les structures syndicales nationales existantes, face à des structure financières et industrielles internationales et "dénationalisées" (privées, mais également apatrides) ?
Il est de plus en plus difficile d'engager des actions lourdes et efficaces. Cela vient du fait que les lieux décisionnels sont délocalisés. Mais le poids reste présent, car ces structures sont représentées localement par des individus. Pour s'adapter fasse à ces évolutions, il y a une volonté de fédérer des syndicats à des échelles plus grande (Europe) et on peut aussi citer la Confédération Syndicale Internationale. Nous en sommes au début, mais cette voie existe et les syndicats "ont de l'avenir" !

 

  • Quelle est la position des syndicats par rapport au "chômage technologique" qui se profile ?
Il ne faut pas s'opposer aux évolutions des techniques. La première chose à faire auprès des employés, est de leur faire replacer la conscience de l'action de leur travail : est-ce enrichissant d'être caissière ? Notre objectif est d'alléger la peine des gens. Si on s'oppose à la modernisation c'est une impasse. Il faut par contre garder à l'esprit qu'"on travaille pour vivre, et nous ne vivons pas pour travailler", et qu'il faut évoluer dans ce sens.


Deux autres questions avaient été soulevées mais, au vue des réponses précédentes, on peut y trouver réponse :

  • En défendant l'accès à l'emploi, les syndicats agissent en réponse au besoin d'argent nécessaire dans notre système monétariste, mais se faisant, ils soutiennent nécessairement l'économie monétariste basé sur la pénurie (sans rareté, dans l'abondance, pas de "valorisation", c'est-à-dire de "prix" aux choses) ; par conséquent, ne peut-on considérer les syndicats comme servant indirectement les intérêts des banques et des financiers, et non le réel intérêt des citoyens ?
  • Le rôle d'un syndicat ne serait il pas, au fond, d'amener à la disparition du "travail contre salaire" et intrinsèquement à la fin du système d'échange-monétaire ?


Complèments d'infos

  • *Le syndicalisme en Suède :
Dans le système scandinave, l’adhésion à un syndicat (unique) est obligatoire pour pouvoir bénéficier des droits issus de la Convention collective négociée par ce syndicat. Au contraire, en France, il n’est pas obligatoire d’être adhérent d’un syndicat pour bénéficier des dispositions des conventions collectives. En effet, c’est par un mécanisme dit d’« extension » que les pouvoirs publics décrètent l’application de la convention à tous les salariés d’une branche, même quand ils ne sont pas syndiqués, ou quand leur patron n’est pas membre d’une fédération patronale. L’intervention des pouvoirs publics, qui fait suite à la négociation menée librement par les syndicats et employeurs, est acceptée par les syndicats car elle se fonde sur l’idée républicaine d’universalité de la loi et de son application égale pour tous. Le résultat est un taux de couverture par les conventions collectives de 97% du salariat en France, c’est-à-dire un des taux les plus élevés des pays de l’OCDE.

Les Scandinaves font primer le contrat collectif sur la loi en matière de conditions de travail. Par conséquent, il n’y a que des salaires conventionnels, pas de salaires minimums, et si le patron refuse d’adhérer à une fédération patronale, alors ses salariés n’ont pas accès aux droits de la Convention collective. Sans être arrogant à l’égard de nos camarades suédois, on peut tout de même se féliciter qu’en France, les salariés soient majoritairement protégés par le truchement de la loi républicaine, indépendamment du bon vouloir de leur patron.

La méthode française a un défaut, certes, c’est le faible taux de syndicalisation. Mais le nombre de syndiqués n’est pas le seul critère pour déterminer la représentativité et la puissance des syndicats. Les Suédois ou Danois ont des taux de syndicalisation astronomiques, mais quand ils ont mené campagne pour que leurs adhérents votent pour les partis sociaux-démocrates, ils n’ont pas été entendus. Et quand il s’agira de défendre des acquis vis-à-vis de la Droite au pouvoir, on peut craindre qu’ils n’aient pas la même capacité de manifester dans la rue comme on l’a connu en France. Ils sont forts pour négocier, mais ils ont négocié, entre autres, la retraite à 65 ans... pour commencer.

Source : www.gauchemip.org/spip.php?article979 suite aux mouvements contre les CPE, et l'idée de S. Royal d'amener ce système en France, en 2006

 

  • Le travail vu par Adam Smith et Marx

 

Selon Adam Smith : « Le travail d’un ouvrier de manufacture ajoute en général, à la valeur de la matière sur laquelle il travaille, la valeur de sa subsistance et du profit du maître ». Karl Marx et Adam Smith considèrent à des époques différentes que le patron ne produit pas de valeur. C’est l’ouvrier qui la produit. L’ouvrier crée donc de la valeur… sans qu’il n’en coûte au capitaliste : « Quoique le premier (l’ouvrier) reçoive des salaires que son maître lui avance, il ne lui coûte (au capitaliste), dans les faits, aucune dépense, la valeur de ces salaires se retrouvant en général avec un profit de plus dans l’augmentation de
valeur du sujet auquel ce travail est appliqué ».


Source : Adam Smith, Livre I, p. 147.


 

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